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Jun/29/2008 

LOCUS AMOENUS

Trois cents roses brunes, hors de portée, éparpillées autour d’un panonceau au vernis écaillé par le temps, enfoncé dans une terre humide et fraîchement bêchée, et dont les lettres ternes et rongées affichent insolemment « pelouse et cueillette interdites ». Les panonceaux, tous identiques, implantés ça et là, répètent inlassablement, le long des allées, une privation de liberté au sein d'une enceinte propice à l'épanchement des instincts et des passions humaines. Derniers rescapés et fiers symboles de l’inauguration de ces lieux, époque à présent révolue, ils perdurent, décomposés, têtus, récalcitrants à toute forme d’union naturelle, eux, les ultimes remparts d’une morale enracinée.

PECCAVI, PATER OPTIME.

Jun/01/2008 

"Les passions de l'âme" reviennent au goût du jour...

Aujourd'hui, je suis triste. Je sais, aucune envolée lyrique, une isotopie lexicale relativement peu élaborée, aucun sarcasme, rien d'extraordinaire sur le plan de la rhétorique: je suis triste.

Arrivée à la fac, trempée, crevée, énervée, affamée, je suis à deux doigts de me faire écraser par un conducteur au cerveau atrophié qui a tenté de combler l'immensité du vide intellectuel qui est le sien par l'acquisition d'une voiture reflétant sans conteste la médiocrité de ses goûts et sa conception erronée du "beau". Bourdieu ne me le pardonnera pas.
Peu m'importe, je poursuis. Tout y est: chaîne en plaqué or, casquette à l'envers, lunettes de soleil sur celle-ci et vitre baissée dans le but de nous faire partager la douce mélodie d'un rap regorgeant d'atrocités lexicales, de barbarismes verbaux et de rimes pitoyables. Je n'ai pas pu m'empêcher de lâcher un "putaiinnnnnn!",de le fusiller du regard et j'aurais bien ajouté un "connard!!!" si ses compères, grands philosophes également -cela va sans dire, n'avaient pas montré leurs crocs. Je plains sincèrement ces gens qui n'ont rien pour eux, qui basent leur personne sur l'apparence, la superficialité, et la possession d'un bien matériel. Je plains ces gens qui se complaisent dans leur nullité et qui n'ont jamais rien lu, excepté des magasines automobiles ou pornos, si tant est que l'on puisse parler de lecture pour ces derniers...

J'erre dans les couloirs qui mènent à la bibliothèque, croise deux trois têtes connues, des étudiants intéressés et d'autres sympathiques, mais dont je ne connais même pas le prénom. Où se trouve Mr untel? où est ma directrice? Il est étonnant de constater l'effet que peuvent avoir sur nous les sourires de certaines personnes. Aujourd'hui, elles ne sont pas là.
Au lieu de voir les gens auxquels je tiens, je dois subir l'approche remarquablement hypocrite et malheureusement récurrente d'une horde hispanique juvénile... comment je vais?... si j'ai bien dormi?
Obligée de sourire, ce qui est particulièrement désagréable lorsque l'envie n'y est pas, d'écouter des stupidités, et de répondre à leurs questions qui n'ont pas lieu d'être. Mais la volonté d'étudier est là, c'est déjà bien, ne les blâmons pas... Et puis, qui suis-je pour les critiquer? Pour l'instant, personne.

Les yeux rivés sur l'autoritarisme de Narváez et San Luis, je repense à ce texto et à cette personne, j'aimerais tellement faire quelque chose. Dans ces moments-là, le mythe de la force morale et de l'invincibilité de l'être humain s'effondrent et nous nous sentons complètement démunis face à la tristesse des gens que nous aimons et impuissants face à des événements que nous n'avons jamais contrôlés, que nous ne contrôlons toujours pas et qu'il serait absurde de souhaiter contrôler un jour.

Après un long moment d'inertie, la lutte entre les progressistes-modérés et les démocrates essaie de reprendre le dessus et parvient tant bien que mal à me replonger dans l'étude méticuleuse de l'évolution des forces politiques au XIXème.
- "Ah tiens, regarde!"
Notre charmant professeur d'histoire, très courtisé par une bande de péroxydées en slims qui ont, il faut bien l'avouer, très bon goût en matière d'homme, vient d'entrer dans la bibliothèque. Les Furies se jettent sur lui... les pauvres, si elles savaient... il doit bien rire le soir avec sa moitié! Enfin, 16h, j'esquisse le premier sourire de la journée, il était temps!
Lorsqu'il arrive à s'extirper des griffes des prédatrices, je lui fais un signe et réussis à le faire venir. Une copie à moi traîne dans son sac depuis trop de temps maintenant... Il me la rend et, connaissant son sens de la critique, son opinion à propos du niveau de l'étudiant et son désespoir face à l'intérêt des copies, tout compliment venant de lui est bon à prendre:
"je prends toujours autant de plaisir à vous lire", dit-il en rougissant, gêné, avec cet air si attendrissant et ce sourire angélique. Je comprends pourquoi la grande majorité des filles du groupe de TD est sous son charme. Premier bonheur de la journée, et dû, comme toujours, à l'espagnol et plus précisément, à la reconnaissance de mon travail.

Il s'en va et je repars à trois années-lumière de 1856, je laisse de côté cette joie éphémère et des questions hautement moins existentielles que celles relatives à l'Union Libérale m'assaillissent. Une autre personne me manque. C'est triste à dire mais c'est une réalité.

Vendredi 16 mai 2008

Mayo/11/2008 

DIES IRAE, Guiseppe Verdi

Admin · Ninguna vista · Escribir un comentario

Avr/08/2008 

De l'amour que je portais au français.

Une vieille fille, un professeur transparent , une jeune prof compensant l'inexpérience par une sévérité accrue, un professeur incapable et beaucoup trop laxiste, une autre, folle, brillante et en manque de sexe et, pour finir, une femme rigide, froide: un mur. Ces descriptions rendent compte de la diversité du corps enseignant et correspondent à tous les professeurs de français que j'ai eus, de la 6ème à la Terminale. Malheureusement, ils ont été mon approche de la langue française et de notre littérature. Ils ont contribué à aiguiser mon sens critique- je les en remercie- et, à construire la personne entêtée que je suis devenue. Les lectures obligatoires ont été des corvées; les cours, des heures interminables. On comprend aisément pourquoi la littérature française, qui trouve sa plus grande admiratrice dans la classe préparatoire littéraire et dans son professeur de lettres, ne m'a jamais vraiment passionnée. Le professeur de lettres en hypokhâgne, parlons-en, a continué le travail de ses collègues, avec un acharnement méticuleux et exemplaire qui doit être souligné. Des montagnes de lectures imposées, des dizaines de milliers de pages: le plaisir de la lecture n'existe plus en prépa. Assommés par les pavés et croulant sous les critiques, l'opposition devenait pour nous la seule forme d'échappatoire et la seule possibilité de survie dans ce monde hostile à l'épanouissement personnel. Le "nous" n'est pas justifié car les autres étudiants obéissaient, ils étaient obnubilés par la khâgne, avait une conscience et n'étaient pas passionnés. J'étais un être à part, frustré, à qui l'on exposait la richesse littéraire et historique de l'Espagne pour lui en interdire l'accès. Au début, forcément, l'étudiant écoute ses professeurs et fait de son mieux. Mais après quelques semaines épouvantables, et après avoir compris que, s'il se comportait en bon esclave préparationnaire, il n'ouvrirait aucun livre intéressant, l'étudiant écoute davantage ses envies et ses besoins. A moins d'être un individu extérieur à toute passion, je ne crois pas que la classe préparatoire soit une bonne expérience pour une personne sachant déjà ce qu'elle veut faire de sa vie, ou plutôt à qui, ou à quoi, elle désire offrir sa vie. On nous prive de notre bonheur, de cette passion qui nous définit, de notre identité en somme.... tout cela au nom de quoi? au nom des statistiques du lycée représenté. Il faut savoir ce que l'on veut... être l'élite de la Nation ou vivre sa passion.

Avr/06/2008 

De l'incapacité étudiante à engloutir 61 ans d'histoire en quelques heures.





Je fais une petite pause dans mes révisions pour perdre les derniers neurones qu'il me reste dans la rédaction de cet article.

Partiel d'histoire mardi et obligation d'assurer sur le XIX ème. Fatiguée après un week-end assez festif, comment voulez-vous ingurgiter 300 pages de dates, événements et explications en un jour ? En sacrifiant les nuits j'en viendrai à bout: 150 pages en 40heures, c'est faisable (surtout avec un gentleman comme Raymond Carr pour prof! cf. photo).

Le problème est que Madame María Cristina a décidé de faire chier son monde ( à mort la monarchie!) et constitue des alliances, les défait, passe dans le camp adverse, s'allie avec l'étranger, revient sur ses positions et etc. Que dire des progressistes qui s'acharnent à vouloir créer une unité libérale? Et vas-y que je passe des années à croire à l'impossible et à tout mettre en oeuvre pour réaliser une union désirée par trois personnes. Bien sûr, les modérés entrent en jeu (forcément, sinon on perd le caractère comique de la situation) et proposent une loi anticonstitutionnelle pour diviser définitivement les libéraux. Je m'allie aux modérés au détriment de mes idéaux constitutionnels? Je ne m'allie pas? Allez, je les suis! Au point où nous en sommes... Ce n'est pas fini! María Cristina qui revient et qui sollicite son Général chéri pour défendre la proposition de loi qui assurerait le pouvoir aux modérés. Seulement le gentil Espartero est pour le peuple! En avant la Révolution: "cúmplase la voluntad del pueblo"!! Abajo el monopolio de los moderados y la hipocresia de la reina regente!!

Cette période est véritablement passionnante et je n'échangerais mes livres d'histoire contre rien au monde.

Admin · 20 vistas · 1 comentario

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